Paroles d'élèves et alumni : Max PETETIN, « visiting scholar » à la prestigieuse Université Brown

Publié le 26/11/2019

Max PETETIN, élève-ingénieur en 4ème année poursuit son cursus d’ingénieur généraliste dans la majeure « Ingénierie & Santé ». Il inaugure le partenariat entre Brown et l’EPF en effectuant son stage dans cette prestigieuse université de la Ivy League. Il nous raconte son expérience

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Max Petetin, je suis un élève en 4ème année qui vient d’intégrer la filière « Ingénierie & Santé » à l’EPF. C’est dans le cadre de mon stage élève-ingénieur dans cette majeure que je suis le premier élève peufien à bénéficier du partenariat entre Brown University et l’EPF.

Dans quel cadre êtes-vous allé aux Etats-Unis et pour combien de temps ?

C’est dans le cadre de mon stage élève-ingénieur que je me suis rendu aux Etats-Unis durant ce semestre (de fin août à fin décembre). Un pays dans lequel je souhaitais fortement effectuer ce stage afin d’y perfectionner mon anglais professionnel, après avoir bien progressé en espagnol lors de mon stage engagement citoyen au Pérou l’année dernière.

Dans quelle université avez-vous fait votre stage et à quel poste ? Quelles sont les recherches sur lesquelles vous travaillez ?

J’effectue mon stage au sein de Brown University, une université de la Ivy league située à Providence dans l’état du Rhode Island. Je l’ai intégrée en tant que « Visiting Research Fellow » dans leur laboratoire de recherche en neuro-ingénierie et nanophotonique dans une équipe internationale de chercheurs. Celle-ci a pour objectif de mettre au point un nouveau système de neuroimagerie qui mesure les activités cérébrales de façon non invasive (ce qui signifie qu’il n’est pas nécessaire d’opérer pour implémenter le système) grâce au principe d’absorption de la lumière, que l’on diffuse dans le cerveau, par les neurones et les vaisseaux sanguins présents qui y sont présents.

Concrètement, ces recherches permettraient alors la détection des tumeurs cérébrales ainsi que de déterminer la cause des AVC bien plus rapidement qu’il n’est possible de le faire aujourd’hui avec les IRM. Cette technologie a également le potentiel de donner un accès aux soins à un plus grand nombre de personnes (2/3 de la population mondiale n’ayant pas un accès direct aux IRM) et surtout moins coûteux : notre système se basant principalement sur la diffusion de lumière rouge par des patchs facilement transportables et que l’on trouve partout, et non sur un aimant de 2 tonnes à plus de 500.000€ quelque peu difficile à transporter... Nous en sommes seulement au début de ce projet (le but est donc de démontrer son principe de fonctionnement et non pas de le réaliser) et l’objectif actuel consiste concrètement à écrire un article de recherche sur la faisabilité de la technologie employée. Il s’agit d’un sujet scientifiquement très technique mais ô combien passionnant et auquel j’ai surtout la chance de pouvoir contribuer concrètement.

Qu’est-ce que ce stage vous a apporté d’un point de vue personnel et d’un point de vue professionnel ?

Le fait de travailler dans un cadre aussi prestigieux pour effectuer mon stage mais aussi mon semestre à l’international, est une expérience formatrice à bien des niveaux.

Que ce soit dans le fait de devoir s’adapter et de trouver sa place dans une équipe de chercheurs interculturelle (aucun autre Français ou Américain n’en fait partie), de présenter des compte-rendu de projet presque quotidiennement dans nos réunions, mais aussi d’exposer et de représenter la culture française et européenne lors de nos conférences de culture générale : mon anglais professionnel et scientifique est mis à rude épreuve mais s’améliore jour après jour et c’est ce que j’étais venu chercher ici.

Par ailleurs, travailler dans un secteur de recherche aussi complexe que les neurosciences m’a beaucoup appris sur l’autoformation. En effet, n’ayant pas l’opportunité de travailler ce domaine à l’EPF, les premières réunions furent par conséquent assez dures à suivre pour le simple amateur que j’étais (d’autant plus en anglais). J’ai donc dû prendre beaucoup de temps pour me former sur les différents sujets que l’on traitait afin de me mettre au niveau. C’est avec ce genre d’expériences que je me suis rendu compte des avantages du profil pluridisciplinaire de l’EPF : même si on est confronté à un problème très spécifique comme ceux que l’on peut rencontrer en neuroimagerie, les bases que nous avons apprises dans les différentes matières comme la chimie, l’électromagnétisme ou l’optique nous permettent souvent d’aborder ces problèmes avec un contexte connu et d’apporter un point de vue différent de celui du spécialiste.

De plus, mon professeur référent à Brown m’a donné l’accès aux cours et aux conférences qui m’intéressaient, ce qui au vu de la qualité des intervenants et des sujets abordés, représente un enrichissement culturel personnel fantastique. Le fait de vivre aussi sur un tel campus a toujours été un rêve pour moi et bénéficier de toutes leurs installations sportives, leurs laboratoires de pointe et de leurs bibliothèques me permet d’apprécier encore plus cette expérience internationale.

Avez-vous constaté une différence / un décalage dans les méthodes de travail avec la France ? Comment s’est passée votre adaptation sur place (au sein de votre stage et dans la vie quotidienne) ?

L’aspect pédagogique américain constitue l’une des différences majeures avec ce que l’on a l’habitude de voir en France. Ici, la mise en confiance de l’étudiant est un aspect primordial et on lui donne ce droit à l’erreur, siimportant, qui lui permet de rebondir après un échec et de reprendre confiance en lui afin qu’il donne par la suite le meilleur de lui-même. Mon département m’a donc, dès le départ, bien plus jugé sur l’investissement que je mettais dans mon travail plutôt que sur mes compétences et les premiers résultats que je présentais. Ils savaient, en effet, que j’avais besoin de temps pour me former sur certains logiciels ou notions inconnues avant de pouvoir sortir des résultats convenables. La mentalité universitaire américaine insiste beaucoup sur cet aspect de progression et les efforts qui ont été mis en place pour réaliser une tâche, pour être à même de pleinement juger de sa qualité par la suite.

Du fait de cette pédagogie, mon adaptation sur place s’est donc très bien déroulée car j’évoluais dans un contexte de confiance au sein mon laboratoire. Mon maître de stage n’hésite d’ailleurs toujours pas à interrompre les discussions en pleine réunion pour prendre 2 minutes à m’expliquer une notion qu’il juge complexe à assimiler, ce qui m’a beaucoup aidé au départ.

De plus, la frontière entre vie professionnelle et personnelle ici est assez particulière. C’est pour ça que la plupart de mes collègues et autres membres de l’administration de Brown se sont toujours assurés que mon intégration aux Etats-Unis se passait du mieux possible en dehors du stage, en me conseillant les bonnes adresses locales ou des idées de choses à visiter pendant le week-end, ce qui l’a rendue encore meilleure.

Quelle est la valeur ajoutée d’avoir réalisé ce stage dans cette université plutôt qu’ailleurs ?

L’un des avantages majeurs de pouvoir effectuer ce stage ici concerne le fait que l’université bénéficie de moyens à la hauteur de l’ambition des projets qu’elle souhaite réaliser. Si Brown met en place ce type de projet ambitieux, c’est également par rapport à la qualité des chercheurs qui travaillent dans leurs laboratoires.

Mon maître de stage a d’ailleurs reçu en 2013 le « BRAIN Prize » (une récompense scientifique internationale qui récompense un ou plusieurs scientifiques pour leur contribution à la recherche sur le cerveau) pour les travaux qu’il a mené en collaboration avec d’autres chercheurs, sur les interfaces hommes-ordinateurs qui ont permis à des personnes souffrant de paralysie de retrouver leur motricité en commandant des robots par la pensée (ci-joint une photo du projet BrainGate en question, où la patiente atteinte de tétraplégie est capable de boire à la paille de ce thermos seulement par la force de sa pensée ).

Pouvoir donc travailler au quotidien avec des chercheurs de cette envergure est donc quelque chose d’extrêmement formateur qui est fortement favorisé par le fait de travailler dans une université de cette qualité.

De plus, le fait de potentiellement avoir, à 20 ans, son nom sur l’article de recherche lié au projet en cours de développement dans notre laboratoire, est synonyme d’une véritable fierté et d’une belle expérience à mettre sur son CV. C’est également le cas concernant le statut de chercheur visiteur invité que Brown m’a donné en venant ici, ce qui représente sans aucun doute l’une des plus grosses valeurs ajoutées possible à effectuer son stage ici plutôt qu’ailleurs.

Avez-vous une idée plus précise sur la recherche aujourd’hui ?

De par l’expérience que je vis au jour le jour ici, mon regard sur la recherche a forcément beaucoup évolué. D’une part sur la découverte de l’aspect collaboratif et communautaire de ce milieu que je ne soupçonnais pas aussi important (on travaille notamment sur notre projet avec une université coréenne). C’est en effet par le biais de collaborations, nationales comme internationales, mais surtout en se basant sur les travaux de recherches déjà existants appartenant à la communauté scientifique, qu’il est possible de faire avancer la recherche scientifique au niveau mondial et de ne jamais partir de zéro quand l’on commence un projet.

J’ai également découvert ici un milieu bien plus concret qu’il n’y paraît. Même si notre but n’est pas de créer un produit final et commercialisable destiné à des clients comme le font la plupart des entreprises, les laboratoires de recherche sont toujours conscients de la finalité de leurs travaux et de ce qu’ils peuvent apporter concrètement à la société comme le projet BrainGate le prouve parfaitement. N’ayant auparavant jamais souhaité travailler dans le domaine de la recherche, je dois reconnaître que le fait de bénéficier de telles conditions de travail avec un sujet aussi intéressant est doucement en train de me faire changer d’avis là-dessus, on verra bien pour la suite…