Paroles d'élèves et alumni : Sylvain ARNAUDET-DATTY, élève en 5ème année dans la majeure Energie et Environnement, a fait son stage d'élève ingénieur à Madagascar

Publié le 14/10/2019

Sylvain a réalisé son stage d'élève ingénieur au sein de l'entreprise ARAFA à Madagascar du 20 août 2018 au 20 décembre 2018 dans le cadre de sa majeure Energie et Environnement sur le campus de Montpellier. Un stage qui lui a permis d'ouvrir son réseau de connaissances et de contacts pour l'aider à construire sa carrière professionnelle future. Il nous livre son retour d'expérience. 

Quelle plus-value cette expérience à l'international t'a apportée dans ton projet professionnel, et quel est-il ?

"Nous vivons dans un monde ou il est aisé et simple d'accéder à n'importe quelle information. La situation des autres pays du monde nous est parfois plus connue que celle de notre propre pays. Nous voyons énormément d'informations passer sur les réseaux sociaux et autres médias, cependant, voir la réalité des choses par soi-même est tout à fait autre chose. Notre vision plus ou moins biaisée de la réalité est totalement remise en question et prouve que le seul moyen de se fixer sa propre opinion sur un sujet est d'aller s'y confronter soi-même. Il est important de se rattacher à la réalité du monde dans n'importe quel métier."

"L'esprit critique, l'ouverture d'esprit, la persévérance et l'adaptation
sont quelques mots-clés parmi la multitude de bienfaits qu’engendre une expérience internationale."

Quelles étaient tes missions sur place ?

"Durant mon stage d'élève ingénieur, j'ai eu l'opportunité de développer mes connaissances et compétences sur plusieurs missions :

  • Développement d'un distillateur solaire :

Objectif : Développer un système low-tech qui, à partir d'eau de mer-saumâtre, pourrait fournir de l'eau pure-potable (après minéralisation) pour un ménage de 5 personnes soit environ 100 litres par jour. Ce sujet de R&D m'a été confié de A-Z et a été mon sujet de stage principal sur lequel j'ai dû réaliser le dimensionnement, puis un prototype avec comme contraintes de réalisation d'utiliser au maximum des matériaux trouvables sur Madagascar et qui demandent une main d'oeuvre faible (2 personnes) au niveau de la construction qui doit durer 1 jour.

  • Gestion de chantiers de Bio-digesteurs :

Objectif : Superviser la construction d'un projet d'implantation de 40 Bio-digesteurs. Ce sont des bio-digesteurs à dôme flottant qui, grâce au phénomène de méthanisation (décomposition de matière organique), crée du biogaz qui est stocké et directement disponible afin d'alimenter une lampe à gaz, une gazinière ou un rice-cooker. Il a fallu s'approprier la technologie et les procédés de construction avant d'aller épauler la supervision et l'organisation des chantiers. De plus, il a fallu gérer les chantiers, les commandes et approvisionnements en matériaux. La discussion avec les locaux bénéficiaires a été une tâche tout aussi importante que le reste, du fait notamment de la résistance au changement et de la prise en main des ces bio-digesteurs.

J'ai eu la chance d'aller rapidement découvrir d'autres projets développés par l'entreprise comme notamment le recyclage de déchets plastiques ou encore la carbonisation de matière organique afin d'en faire des bûchettes de charbon."

Des conseils pour les étudiants qui hésitent à partir à l’étranger dans un pays qui a la réputation d’être "risqué" ou très différent de notre culture ?

"Si un pays a la réputation d'être "risqué" ce n'est pas pour rien. Cependant il faut savoir faire la différence entre ce que les gens entendent par "risqué" et ce qu'il en est réellement. Il y a un cadre et des règles à respecter pour se savoir en sécurité. Toutefois, il est vrai que l'extrême pauvreté par endroits et d'autres choses qui ne nous sont pas famillières dans notre pays peuvent nous étonner voire nous effrayer. Dans ces cas-là, il faut garder son sang froid et tout ira bien. L'aventure de l'international est une perpétuelle confrontation au quotidien de personnes qui nous sont inconnues et qui ont énormément à nous apporter. C'est ce qu'il faut cultiver dans sa tête, vivre la rencontre et aller provoquer l'échange et le partage. La réalité d'un pays, ce sont ses habitants et non les a priori ou minorités violentes qui en font pour nous occidentaux, un pays "risqué"."

Quelques mots sur ton retour en France et ta réadaptation ?

"Mon retour en France a été le bienvenu. Retrouver un cadre et une zone de confort après 6 mois à l'autre bout du monde plus ou moins seul, a fait du bien. Cependant les au revoir ont été durs et le coup de blues du retour au "quotidien scolaire" n'était pas évident. Après avoir été sur le terrain et affilié à de nombreuses tâches et responsabilités, un temps de réadaptation était nécessaire, notamment pour reprendre le rythme scolaire. Tout cela en plus de quitter un pays, les personnes rencontrées... Oui le retour n'a pas été simple mais je pense qu'en 6 mois j'ai pu engrenger assez de matière pour développer de nombreuses réflexions d'ici le Projet de Fin d'Etudes (stage de fin de 5ème année) "

Ton retour d'expérience global sur ton séjour à Madagascar ?

"Voyager est un des meilleurs moyens de se sentir vivant. L’île de Madagascar est un concentré de sourires et de personnes sages qui ont beaucoup à nous apprendre. C’est un pays plein de défis et d’enjeux qui ne demandent qu’à être relevés.

Il faut savoir que le pays est marqué par un passé fort. Aujourd’hui, une misère dure et sévère frappe encore ce pauvre peuple.

Une fois acclimaté à l’ambiance assez particulière, la vie quotidienne est plaisante et attrayante. La nourriture, quoi que parfois cuisinée dans des endroits sombres, est néanmoins délicieuse. Les aventures sont présentes à chaque instant et il ne faut pas avoir peur de l’inconnu ! Le pays du « Mora Mora » (le calme, la lenteur) a une gestion et un rapport au temps totalement différent du nôtre. Moins de stress, moins de rigueur ce qui rend cette population et cette ambiance agréable à vivre.

La corruption est malheureusement énormément présente d’où l’intérêt d’être au maximum accompagné par des locaux ou quelqu’un qui connait le terrain.

Les locaux ont une connaissance de leur environnement qui est riche en biodiversité qu’ils partagent avec passion et intérêt. Cependant l’environnement est en danger et certaines de leurs pratiques fragilisent encore plus l’écosystème de l’île. Lors de mon voyage là-bas j’ai eu la chance d’avoir de nombreux temps d’échanges sur leur vie quotidienne et certaines de leurs pratiques. En portant de l’intérêt à leurs coutumes, les malgaches font vite preuve de bienveillance et expliquent les choses telles qu’elles sont, sans biaiser le dialogue.

Le français est la seconde langue parlée après le malgache. Les personnes vivant à la capitale ou dans les zones touristiques parlent bien le français, mais dans la brousse, les personnes qui maitrisent notre langue se font plus rares. Néanmoins, la communication reste facile. Des soirées à la bougie dans un kaz en feuilles de bananiers avec les villageois des zones de chantiers réservent des moments incroyables et plein de sens. Le malgache s’apprend relativement facilement et permet de vite briser la glace avec des anciens qui ne sont pas toujours commodes.

Mon stage m’a permis d’être quasiment constamment en déplacement. Les diverses missions m’ont amené à travailler sur des projets au niveau de l’environnement et de l’énergie dans des cadres authentiques qui rendaient le travail des plus plaisants.

"L'occasion de rencontrer un grand nombre de personnes, expatriés comme malgaches,
qui m'ont permis d'ouvrir mon réseau de connaissances et de contacts
pour m’aider à construire ma carrière professionnelle future."

Chaque jour a été une découverte, que ce soit au niveau culturel, professionnel ou personnel. Le choix de partir au sein de l’entreprise ARAFA m’a permis d’être complètement immergé dans le quotidien d’une famille malgache avec qui je partageais les diverses tâches du quotidien.

Un des objectif personnel de ce stage international était pour moi de vivre une expérience en partant seul.

"Je me suis rendu compte que l’on est finalement jamais seul,
et encore moins lors d’un stage international."

L’ouverture d’esprit, un nouveau regard sur le monde, de nouvelles problématiques, des clichés effondrés, de nouvelles vérités, de l’engagement, des nouvelles solutions, c’est ça partir à l’étranger pour y faire un stage.

C’est un moment de vie clé, fort et auquel il faut se préparer pour pouvoir s'imprégner au maximum de tout ce qu’il y a comme expérience sur place. J’en resterai marqué, avec des souvenirs par milliers, bons et moins bons, c’est formateur et cela forge notre personnalité. Dans notre cursus d’ingénieurs de demain, s’ouvrir aux autres et être acteur du monde qui s’offre à nous fait partie des enjeux majeurs de notre société et de notre responsabilité.

"Nous devons voir pour mieux construire
et nous devons vivre pour mieux comprendre.
"