Starwars ou le Risk management intergalactique | EPF Ecole d'ingénieurs

Starwars ou le Risk management intergalactique

Publié le 26/05/2021
Daniel Besnard dans Culture ingé

Dark Vador, chef d’entreprise amené à gérer ses équipes et à développer des stratégies face aux risques qui pèsent sur son empire. Voilà une façon bien particulière d’analyser la fameuse saga Starwars. Dans cette nouvelle interview de Culture ingé, Daniel Besnard, enseignant à l'EPF au sein de la majeure Engineering & management, nous livre sa vision inédite de la superproduction hollywoodienne.

Pourquoi ce choix de Starwars ? En quoi est-ce que cette œuvre fait résonance avec la discipline que tu enseignes ? 

Starwars est une œuvre de science-fiction, qui se présente comme un grand projet à mener. Cependant, c’est un cas typique de mauvais maniement, ce qui en fait tout le piquant. Si on regarde de plus près les scénarios, il y a comme dans tout projet un problème initial, un côté obscur, quelques points d’achoppement devant être résolus, ainsi qu’un leader.

Dans la première étape, le chef de projet effectue une analyse de la situation, définit le périmètre du projet et va travailler par phases (environ 9). Dans chacune des phases, il va identifier les ressources nécessaires : une équipe et des outils tels que des vaisseaux. Durant la phase préparatoire, suite à de fortes recommandations d’experts, il ajuste ses compétences pour répondre au mieux aux besoins identifiés.  

Là où le bât blesse, c’est dans l’analyse des risques ainsi que dans le développement et le déploiement des plans de prévention et de mitigation (d’atténuation). Ceci permettant quelques rebondissements palpitants. Car si les analyses de risques avaient été correctement menées, la majeure partie des problèmes aurait pu être évitée.

Citation Daniel Besnard

Tes étudiants ont-ils conscience de l’universalité des méthodes que tu leur exposes ?  

Oui, en effet, un des premiers messages que je leur fais passer est que la gestion de projet ne s’applique pas uniquement aux grands travaux ou aux lancements de satellites, mais doit s’appliquer à tous les projets, même personnels. Du plus petit : de l’organisation d’une fête jusqu’à des projets de vie, en passant par la création d’entreprises ou des concours d’idéation tels que l’amélioration de la vie au travail. Chaque année, l’EPF brille dans ces concours en récoltant des prix pour ses étudiants. 

L’entreprise ou les planètes de la galaxie lointaine peut-on parler d’une même méthode, d’un même combat ? 

Même guerre. Le démantèlement d’un gros satellite, ainsi que la réforme d’un gouvernement obscur, mettent en œuvre les mêmes outils de gestion de projet, mais à des échelles différentes. Réflexion faite en aparté, nous pouvons noter que la méthode de démantèlement de l’imposant satellite n’est pas conforme aux recommandations RSE (responsabilité sociale des entreprises) puisqu’elle ne prend pas en compte le recyclage des matériaux de manière efficace et transparente.

Parles-nous des personnages de la saga, Dark Vador peut-il est considéré comme un chef d’entreprise ? 

Nous avons deux projets concurrents en parallèle : le premier mené par Dark Vador, dirigeant charismatique et despotique. Et le deuxième mené par la princesse Leia, charismatique elle aussi. Ce sont nos Directeurs de programme. Si nous nous penchons du côté lumineux, nous avons un chef de projet : Luc, qui doit dans un premier temps sourcer un vaisseau et une équipe compétente. Il devra ensuite s’affranchir des problèmes de communication, de culture, insuffler une mise en mouvement à l’équipe et accompagner la vision de Leia pour l’amener à son terme.

starwars

Une scène particulière que vous avez à l’esprit et qui illustre particulièrement vos propos ? 

Chaque film est un projet à part entière, contenant des sous-projets. Un projet mal mené du côté obscur parmi tant d’autres : dans l’épisode l’Ascension de Luke Skywalker, le côté obscur fait une débauche de puissance pour tuer Luke qui s’en sort malgré tout indemne. L’analyse du besoin a été correctement faite, mais le choix du processus et des ressources a été manqué. L’absence d’indicateur et de suivi n’a pas permis à Kylo Ren d’ajuster sa stratégie dans la conduite de son projet de tuer Luke, ce qui l’a mené à l’échec.

En conclusion, le management du risque, plutôt côté lumineux ou côté obscur de la force ? 

Des points d’amélioration des deux côtés. Du côté obscur : mettre l’utilisateur au centre de la scène pour en comprendre les besoins et accompagner le changement, faire plus attention aux détails, car, c’est là que le Jedi se cache. Du côté de la force, leurs principaux problèmes sont de très fortes contraintes sur les ressources disponibles et une gestion au plus juste des compétences en prenant soin de bien finir les cycles de formation. Une analyse de risques serait intéressante à mener sur : le maniement du sabre laser et l’utilisation du Millenium Falcon. Mais pour conclure, les ressources sur un projet ne font pas tout. La piètre qualité et le manque d’attention au détail des équipes côté obscur ont fait capoter leurs projets. Des managers-leaders charismatiques, investis et compétents peuvent faire des miracles, même avec des ressources limitées, quand ils sont accompagnés par des équipes non moins compétentes et engagées.

Daniel Besnard, spécialiste de la gestion de projets et de la conduite du changement, a travaillé pendant 20 ans chez Schlumberger. Ses missions l’ont mené au Moyen-Orient, en Amérique Latine, et dans des zones climatiques extrêmes comme en Alaska au-delà du cercle polaire ou en Patagonie. Enseignant au sein de la majeure Engineering & Management sur le campus de EPF Sceaux, il dispense les cours de Project and Risk Management. Pleinement investit auprès de ses étudiants, il est aussi coach dans la gestion de leur projets d'études.

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