Un atelier artisanal de production de visières anti-projection par une étudiante EPF | EPF Ecole d'ingénieurs

Un atelier artisanal de production de visières anti-projection par une étudiante EPF

Publié le 23/04/2020

Margaux Pauliac est étudiante à l’EPF école d'ingénieur-e-s, campus de Sceaux. Afin de se rendre utile en période de confinement, elle a décidé d’utiliser son imprimante 3D pour fabriquer des visières de protection anti projection. Elle répond à nos questions sur cette initiative.
 

Comment avez-vous eu l’idée de vous lancer dans la fabrication de visière ?

J’ai entendu aux informations que des imprimantes 3D (chez les professionnels et les particuliers) étaient utilisées pour produire des supports de visières. En parallèle, j’ai reçu un modèle pour en fabriquer. Afin de me rendre utile, je me suis lancée !
 

Comment avez-vous obtenu les plans de fabrication ?

J’ai eu le plan des premiers supports que j’ai produits par un collègue de mon père qui travaille chez Safran. En effet, l’entreprise a déployé un réseau d’impression entre les imprimantes sur ses sites et celles des salariés avec un drive pour quantifier la production. Ces supports ont un temps d’impression de 3h30 donc j’en réalisais 3 par jour.

J’ai ensuite trouvé un autre réseau par le maire de ma ville (La Garenne-Colombes) qui est aussi médecin à l’hôpital Pompidou à Paris. Il proposait un autre modèle beaucoup plus long à produire pour un temps d’impression de 7 heures et 30 minutes. Je n’en ai imprimé qu’un.

Enfin, j’ai récupéré le dernier modèle (moins de 2h d’impression) sur un groupe de « makers » particuliers. J’en imprime 5 à 6 par jour et à ce jour, j’ai déjà réalisé 70 supports de visières.

Le ficher source (format STL) du support est téléchargeable en cliquant ici

Comment ça marche ?

Le plan au format stl est converti en un fichier lisible par l’imprimante. Un fil de plastique enroulé sur une bobine de 500g ou 1 kg est chauffé par une buse à 200°C pour ressortir en filament moins épais sur une plaque chauffée à 60°C. Le fil de 1,75mm de diamètre passe à 0,4mm de diamètre en sortie de buse. L’objet est imprimé couche par couche (voir vidéo).
 

Une fois que le support est fini, comment en faire une visière ?

Pour le premier modèle, il suffit de glisser une feuille transparente d’une épaisseur de 150 à 300 microns dans les rainures du support puis de l’accrocher avec un élastique autour de la tête.

Pour le dernier modèle, il y a 4 ergots/picots disposés de sorte que les trous des feuilles perforées correspondent. On peut ensuite ajouter un élastique derrière la tête mais ce n’est pas indispensable car les branches sont assez longues.

 

Comment avez-vous installé votre atelier à domicile en période de confinement ?

J’ai installé l’imprimante sur une petite table dans ma chambre. Elle ne prend pas une place excessive mais elle émet un peu de bruit donc je ne l’ai pas installée dans le salon pour ne pas déranger le reste de la famille. Je la nettoie souvent car la poussière et des petits filaments de plastique viennent encombrer les ventilateurs des moteurs.

Comment faites-vous pour vous procurer la matière première ?

Pour la matière première il s’agit d’une bobine d’acide polyactique (filament PLA) qui se décline dans toutes les couleurs. C’est un polymère thermoplastique biodégradable fabriqué à partir de ressources renouvelables comme le fécule de maïs ou la canne à sucre. On peut acheter des bobines de 500g à 1kg sur internet mais en ce moment, il y a beaucoup de rupture de stock. Heureusement que j’ai au total 3 kg de PLA en réserve ce qui va me permettre d’imprimer environ 300 visières.

Ensuite, j’ai commandé du film plastique transparent (ex : transparent pour rétroprojecteur, couverture de rapports) en ligne sur un site de bureautique. Le dernier modèle ne nécessite pas forcément d’élastique mais on peut facilement en faire un avec un élastique pour les garots par exemple.

A qui distribuez-vous les visières fabriquées et comment ?

J’ai plusieurs pistes pour distribuer les supports. Tout d’abord, j’en donne à l’hôpital de Colombes à côté de chez moi par des connaissances qui travaillent sur place. Mon père a déposé un premier carton avec 70 supports à l’hôpital Louis Mourier à Colombes ainsi qu’un paquet de transparents. Le montage de la visière est très simple. Il suffit de faire correspondre les 4 trous des transparents avec les 4 piquots du support pour avoir une protection efficace de l’ensemble du visage contre les projections. S’il n’y a pas de trous dans les transparents, on utilise une perforatrice de bureau. Il est aussi possible de porter un masque en dessous et cela ne gêne pas le port de lunettes.
Cela me touche beaucoup de pouvoir donner à cet établissement qui a accueilli un proche et c’est une façon pour moi de rendre un dernier hommage à cette personne ainsi qu’à tous les soignants qui se battent

Je vais aussi tester un autre réseau : sur le site Covid3d.fr, des établissements émettent des demandes de visières et des makers prennent en charge totalement ou partiellement leurs demandes. Ensuite les deux parties sont mises en relation. Cela permet de cibler les établissements qui en ont le plus besoin.