Laboratoires et Recherche : les prérogatives pour la continuité | EPF Ecole d'ingénieurs

Laboratoires et Recherche : les prérogatives pour la continuité

Publié le 24/04/2020

La fermeture de l’EPF et les restrictions d’accès à ses campus, liées à l'épidémie de coronavirus qui touche actuellement le monde, imposent de redéfinir les modalités d’accès aux différents laboratoires et de poursuite des activités de recherche.

Les enseignants-chercheurs de l’EPF école d'ingénieur-e-s et leurs doctorants travaillent sur deux axes de recherche dont le thème principal est la Durabilité des systèmes :

  • L’axe « Mécanique et Matériaux » avec la durabilité des structures (Matériaux avancés, fiabilité et maintenance prédictive) et la durabilité du corps humain (prévention de la blessure, amélioration de la performance) ;
  • L’axe « Energie et Environnement » avec la durabilité des ressources naturelles (traitement des eaux et dépollution) et durabilité des ressources énergétiques (énergétique du bâtiment et confort, caractérisation thermique des matériaux et agromatériaux, micro-sources PV, etc.).

L’annonce du gouvernement de fermer les établissements d’enseignement supérieur a obligé les enseignants-chercheurs à maintenir d’une part, la totalité de leurs cours à distance, et d’autre part, leurs travaux de recherche depuis leur domicile.

Les laboratoires et matériaux de recherche étant inaccessibles, il a fallu repenser son travail en télétravail.

Khaled Sahli, Professeur, Responsable des Travaux Pratiques de Physiques et d’Electronique et Responsable du site de Trévise à Sceaux nous explique comment s’organisent les Travaux Pratiques à distance.

Suite aux annonces gouvernementales, le télétravail est devenu la norme au sein de l’EPF. Comment organisez-vous l’activité expérimentale qui s’effectue normalement en laboratoire ?

« Il y a 2 types de TP : les TP en simulation ne possèdent pas de partie expérimentale à proprement parler. Ils utilisent un logiciel bien déterminé que les élèves doivent installer à l’avance. Je leur donne la procédure d’installation, puis le professeur du TP explique étape par étape l’utilisation du logiciel afin de répondre aux questions du TP. Un compte-rendu complet est attendu de la part des élèves à la fin de la manipulation.
Concernant les TP qui demandent une pratique expérimentale, ainsi que l’utilisation d’appareils, des montages et mesures à réaliser… j’ai dû les adapter pour qu’ils soient faits en ligne. Par exemple, je donne aux élèves les tableaux des mesures (comme s’ils avaient fait les mesures eux-mêmes) puis ils répondent aux questions du TP avec l’aide du professeur en classe virtuelle. Il y a des graphiques à tracer, des pentes à calculer graphiquement et théoriquement afin de comparer l’expérimental et le théorique etc. Là aussi, un compte-rendu est demandé aux élèves en fin de cours.

8 TP sont gérés en parallèle : 2 en 1re année, 3 en 2e année (dont le projet mécatronique fait par un groupe de 3 élèves) et 3 en 3e année. Je travaille en simultané avec 9 professeurs intervenants dont 2 permanents à planifier. Je dois également prévenir les élèves, programmer les sessions sur les plateformes numériques (Big Blue Buttom, Teams, Discord pour l’essentiel) … Cela demande une grande organisation ! »
 

Quelles sont les difficultés et/ou bénéfices apportés par le télétravail ?

« Pour les TP il y a le souci de la qualité de la connexion, et la plateforme virtuelle (numérique) utilisée bugge de temps en temps mais je pense que c’est le même problème quel que soit le cours.

Il y a également une difficulté à mettre en avant, c’est la fatigue des élèves quand ils passent plus de 6h par jour de cours sur le PC. »

LE TRAVAIL DES DOCTORANTS

Afin de maintenir une continuité de la recherche à l’EPF, les enseignants-chercheurs ont différentes missions : l’exploitation de données expérimentales, la rédaction d’articles scientifiques et d’actualité de recherche, de vulgarisation, d’échanges avec des partenaires industriels et académiques et enfin l’encadrement de doctorants.

Sur le campus de Troyes de l’EPF par exemple, nous avons plusieurs doctorants qui avancent depuis leurs domiciles sur les travaux de Recherche.

Mohammed Sarmouk, doctorant, travaille sur une étude d'un système de chauffage par hybridation solaire / gaz. Il nous explique son organisation : « cette période est dédiée aux travaux numériques qui font partie de notre plan de travail initial.

Par ailleurs, je cherche à élaborer un nouveau protocole expérimental pendant cette période car je veux réaliser d'autres expériences. (Les expériences réalisées ou à réaliser dans le futur peuvent faire objet de l'étude du comportement thermique du bâtiment, chose que je ne maîtrise pas dans mon installation en Algérie) ».

Zoubayre El Akili, doctorant, travaille quant à lui, à l’étude et l’évaluation du confort thermique des personnes vulnérables. Voici son retour : « en ce qui concerne mes travaux de recherche, j'analyse les résultats de l'étude de terrain, j'étudie des articles sur la thermophysiologie afin d'avoir une idée très détaillée sur le modèle que je vais améliorer.

Quant à l'effet du confinement sur mes recherches : il n'y a pas d'effet significatif puisque j'ai déjà réalisé mes études expérimentales. »

Autre exemple, des doctorants qui travaillent uniquement en numérique comme Tianying Li, doctorante, qui travaille sur l’étude et optimisation d'un système de plancher chauffant/refroidissant soumis à une tâche solaire.

Marouene Zouaoui travaille sur l’étude d'un modèle comportemental par simulation numérique afin de reproduire un matériau pré-structuré (ou matériau intelligent) obtenu par impression 3D par dépôt de fil chaud.

Quentin Portella travaille pour sa part sur l’amélioration des propriétés mécaniques de pièces issues de la fabrication additive métallique par l'élaboration d'un post-traitement thermo-mécanique.

Et enfin Mohammed Ali Bouaziz travaille sur l’étude de la ténacité à la fracture au niveau macroscopique à travers un micro-mouchetis et une corrélation d’images d'un matériau pré-structuré élaboré par impression 3D. Mohammed Ali Bouaziz, comme tous les doctorants, a su s’adapter et réussi ses travaux de recherche et ses enseignements : « les enseignements se passent bien en classe virtuelle et j'avance bien sûr la partie numérique du postdoc.

Nous avons suspendu, pour l'instant, la campagne d'essais et je me consacre au travail de simulation numérique. J'utilise le VPN pour accéder aux serveurs de l'EPF et ainsi avoir les licences EPF et ça fonctionne bien.

Depuis le début du confinement l'encadrement de mon travail se fait par contact permanent avec mon directeur de thèse via Teams. Donc globalement le travail avance bien même en confinement. »

LE TRAVAIL DES ENSEIGNANTS-CHERCHEURS & CHERCHEURS

Nous avons également profité de cette situation pour interviewer Olivier Horner, Directeur de la Recherche et de l’Innovation à l’EPF. Il nous informe sur la réorganisation, au quotidien, du travail des chercheurs et enseignants-chercheurs durant cette période si particulière.
 

Est-il vrai qu’aucune présence sur les laboratoires hébergés par l’EPF ou ses différents partenaires n’est autorisée ?

« À l’heure actuelle, les plateformes de recherche et de technologie hébergées par l’EPF sont fermées, en accord avec les directives gouvernementales. Il en est de même pour les laboratoires partenaires de l’EPF (UMR CNRS, Instituts…).

Ainsi, les personnels de recherche EPF (enseignants-chercheurs mais aussi ingénieurs d’étude et de recherche et stagiaires Master 2, doctorants et post-doctorants) n’ont pas accès aux laboratoires et sont en télétravail ou dans certains cas particuliers, en chômage partiel. »
 

Comment les enseignants-chercheurs et doctorants continuent leurs travaux de recherche à domicile ? Comment l’activité expérimentale, qui s’effectue normalement en laboratoire, s’organise-t-elle sous forme de télétravail ?

« Les personnels de recherche EPF continuent leurs travaux de recherche à domicile.

Ainsi, plusieurs collègues ont eu la possibilité d’acquérir de nombreuses données expérimentales avant le début du confinement. Ces résultats sont dépouillés au domicile puis discutés avec nos partenaires académiques grâce aux outils de visioconférence EPF. Les ingénieurs d’étude et de recherche mettent à profit cette période de confinement pour concevoir de nouveaux programmes informatiques qui permettront, une fois les laboratoires ouverts, d’améliorer l’acquisition de données expérimentales sur les plateformes.

En ce qui concerne les personnels non permanents, les enseignants-chercheurs continuent à encadrer à distance les doctorants et post-doctorants. La plupart des stages de Masters 2 a été repoussée à une date ultérieure. Les enseignants-chercheurs profitent de cette période pour rédiger ou finaliser des articles scientifiques, et rédiger, pour deux d’entre eux, leur mémoire d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR). Pour mémoire, les personnels EPF ont accès à distance à de nombreuses revues scientifiques et ressources via les plateformes Science Direct (revues ELSEVIER) et ISTEX.

Cette période de confinement est propice à la mise en place de partenariats et la réponse aux nouveaux appels à projets (ANR, Région, PIA, H2020…), dont certains ont été repoussés du fait de la situation sanitaire. L’audioconférence est privilégiée pour les réunions avec les partenaires industriels.

Pour finir, les personnels de recherche profitent également de cette période pour entamer une réflexion sur le renforcement du lien formation-recherche à l’EPF. Par exemple, plusieurs collègues travaillent sur la conception de nouveaux Travaux Pratiques (TP) qui mettent en jeu l’utilisation de moyens des plateformes de l’EPF (imprimante 3D métallique, pilote semi-industriel de traitement des eaux…) selon une approche recherche (bibliographie, essais exploratoires notamment). Une réflexion est également menée sur la manière de mieux communiquer sur les réalisations de la recherche EPF, en particulier via des vidéos pédagogiques.

La vie de la recherche de l’EPF reste active. Ainsi, les réunions autour de la recherche et les conseils de la recherche, ainsi que les conseils scientifiques sont maintenus et restent des espaces d’échanges indispensables. »

Pourriez-vous nous donner quelques exemples de travaux de recherche en cours ?

« Voici quelques exemples de travaux de recherche en cours :

  • L’analyse de données expérimentales issues cette année de la plateforme GREEN (nouvel inhibiteur d’entartrage), puis la présentation des résultats obtenus à nos partenaires français (INRAE, Rennes et LISE) et étrangers (Université de Tunis ElManar, Chimie et Biochimie) ;
  • La rédaction de plusieurs articles de rang A dans le domaine de la fabrication additive, de la thermique du bâtiment et des matériaux, et de l’entartrage ;
  • La réponse à des appels à projet, par exemple l’appel à projet SESAME Filières PIA qui permet de financer des plateformes de recherche au profit des PME et PMI franciliennes ou encore l’appel à projet générique de l’ANR dans le domaine de la sécurité (images) ;
  • Avec l’aide du conseil scientifique de l’EPF, l’amorçage d’une réflexion de fond sur la participation des 2 axes de la recherche EPF (Mécanique & Matériaux, Energie & Environnement) dans le futur contexte postcrise du COVID-19. »

Quels sont les difficultés et/ou bénéfices rencontrés durant le confinement ?

« Cette période au domicile permet à tous les personnels de recherche de prendre du recul par rapport à leurs activités de recherche et de réfléchir aux implications possibles de la recherche EPF dans le futur contexte post-crise du COVID-19. »

La crise du Covid-19 et les annonces gouvernementales qui y sont liées ont forcé le personnels et les étudiants à réfléchir à de nouvelles méthodes de travail, à distance. Nous voyons à travers tous ces témoignages que pour le cas particulier des laboratoires et de l’activité expérimentale, tout le monde a su se réadapter. Les enseignements et réunions se font par visioconférence ; les travaux de recherche, nécessitant outils et matériels, sont mis en suspens au profit de ceux nécessitant une réflexion profonde. La situation, bien qu’exceptionnelle, s’avère propice aux partenariats et aux discussions. Des outils et méthodes de travail post-crise du Covid-19 sont actuellement en développement et, comme l’explique très justement le doctorant Mohamed Ali Bouaziz : « […] le travail avance bien, même en confinement ! »